Faire entendre les photos
Il y a quelque temps, j’ai eu la chance d’entrer, le temps de deux séances, dans l’intimité de deux jolies familles.
La première venait tout juste de s’agrandir. Un petit garçon avait rejoint la tribu, troisième enfant d’une famille désormais bercée par un nouveau rythme. Il y avait la douceur des premiers jours, la curiosité des aînés, les gestes encore hésitants parfois, et ceux qui semblaient déjà avoir toujours existé. Tout ce qui accompagne une naissance et vient, discrètement, redessiner les contours d’une famille.

La seconde séance réunissait des grands-parents et leurs quatre petits-enfants : une grande sœur et ses deux petits frères jumeaux, ainsi que leur cousine, venue avec sa maman. C’est d’ailleurs cette dernière qui avait choisi d’offrir la séance : un cadeau pour rassembler les générations et conserver une trace de ce qui les relie.
Durant ces moments, je ne cherche pas à faire entrer les familles dans une image parfaite. Je les laisse vivre, rire, se retrouver, se chamailler parfois. J’observe les regards, les mains qui se cherchent, les bras qui portent, les petits gestes que l’on ne remarque plus toujours et qui racontent pourtant tellement.
Si je souhaite consacrer une grande partie de mon travail au vivre-ensemble et à l’engagement des uns envers les autres, je prends aussi un bonheur immense à réaliser ces reportages familiaux. Je ne veux pas les multiplier à tout prix, mais continuer à les choisir et à les vivre pleinement, en leur accordant le temps et l’attention qu’ils méritent.
Car le vivre-ensemble commence peut-être précisément ici : dans la manière dont nous prenons soin les uns des autres, dont nous faisons famille, dont nous transmettons l’amour reçu et créons des souvenirs communs.

En découvrant les images, mon amie m’a confié qu’elle avait l’impression de pouvoir « entendre les photos ». Je ne pouvais rêver plus beau compliment. Parce qu’au-delà des sourires et des visages, j’aimerais que mes images gardent quelque chose des éclats de rire, du joyeux désordre, des murmures, des petits pas et de la vie qui résonne autour de moi.
Mon intention est finalement assez simple : vous rendre un peu de l’amour que j’ai ressenti en partageant ce moment avec vous. Faire en sorte qu’en découvrant les images — aujourd’hui, mais aussi dans plusieurs années — vous puissiez retrouver non seulement ce que vous avez vu, mais surtout ce que vous avez vécu.
Et peut-être, en tendant bien l’oreille, l’entendre encore.